Ferdieu vous apprend la politique: la langue de bois

Publié le par Vincent Ferdieu

     J’ai décidé de commencer à mener campagne physiquement à travers la France. S’il m’arrive de moins utiliser mon blog ces derniers temps, c’est uniquement parce que j’ai décidé de transmettre directement mes idées aux Français. Je vous parlerai bientôt des découvertes que j’ai faites à cette occasion.* L’une d’elles est toutefois qu’un travail de formation en amont doit être mené auprès de la population.


      C’est pourquoi je vous expliquerai de temps à autre quelques phénomènes politiques incontournables. Le premier d’entre eux, que je vous présente aujourd’hui, est la célèbre langue de bois. Il s’agit du fait de faire passer des mauvaises choses via des termes mélioratifs. Cet exercice de haute prestance paraît en apparence impossible, mais on en trouve pourtant de nombreux exemples.


     Prenez par exemple, cette critique d’un film sorti récemment en salles, tiré du site spécialiste en la matière : Evene. Un Lac, le titre du film, et Philippe Grandrieux, le nom du réalisateur, ont été barrés dans la critique pour ne pas que vous puissiez deviner de quoi il s’agit  :



A mi-chemin entre cinéma expérimental et art vidéo, les réalisations de Philippe Grandrieux gardent toujours cet aspect organique, tant dans le fond que dans la forme, entier, vivant et fini à la fois : “Ce film a accompli quelque chose d’intime en moi.” ‘Un lac’ trouve sa définition complète dans cette expression. Pas d’histoire, un huis clos sans aucune notion de temps, à peine quelques heures d’un jour blanc dans ces montagnes sauvages et hostiles. Une famille, un frère et une sœur dont l’amour ardent se nourrit de la seule connaissance de l’autre, une maison caricature de la cabane dans la montagne, allégorie sombre, chaude et irréelle du foyer. Et le silence total. […] Il n’y a définitivement que dans une salle obscure que l’on peut apprécier la beauté photographique d’’Un lac’, que l’on peut entendre résonner en soi les bruits de la nature, crissements, craquement, crépitements, rarement entrecoupés de paroles gutturales, à force d’économie. Sur ce point, le choix de comédiens étrangers se révèle excellent, pour ce français péniblement exprimé. ‘Un lac’ brille d’ailleurs par son casting impeccable et évident, au point qu’il soit tout, sauf un film. C’est une vision, comme celle du fameux lac que le réalisateur a cherché dans toute l’Europe. Ce qui se joue là est d’une telle intimité primitive, que notre présence semble presque déplacée face à de nombreuses scènes (souvent très longues) qui devraient se passer totalement de témoin.


      Vous avez l’impression que cette critique est positive, et que le film est excellent. Que nenni ! Il faut savoir lire entre les lignes, ce qui donne un sens tout à fait différent à ce qui est exprimé ici. Prenons maintenant cette critique phrase par phrase pour que je vous démontre mon propos.


-A mi-chemin entre cinéma expérimental et art vidéo, les réalisations de Philippe Grandrieux gardent toujours cet aspect organique, tant dans le fond que dans la forme, entier, vivant et fini à la fois.


Traduction : Le Lac, c’est pas assez bien pour le cinéma, et à peine au-dessus d’une vidéo amateur. Les films de Philippe Grandrieux c’est vraiment toujours la même chose : de la merde. Comme je sais pas quoi dire de positif du coup, bah je vais dire qu’ils sont entiers (=bah quand on va au cinéma on voit le film en entier), fini (=y a une fin au film) et vivant (=la caméra bouge, et y a des personnages qui s’agite). Un peu comme tous les films si on y réfléchit bien.


-“Ce film a accompli quelque chose d’intime en moi.” ‘Un lac’ trouve sa définition complète dans cette expression.


Traduction :  [...]


-Pas d’histoire, un huis clos sans aucune notion de temps, à peine quelques heures d’un jour blanc dans ces montagnes sauvages et hostiles.


Traduction : On s’emmerde parce qu’il y a même pas d’histoire dans ce navet. Du coup, on perd la notion du temps, on croit qu’on est dans la salle depuis cinq heures alors que ça fait cinq minutes. Mais au final, 1h30, c’est « à peine quelques heures » comparés aux vingt ans qu’on a eu l’impression de perdre.


-Une famille, un frère et une sœur dont l’amour ardent se nourrit de la seule connaissance de l’autre, une maison caricature de la cabane dans la montagne, allégorie sombre, chaude et irréelle du foyer. Et le silence total.


Traduction : C’est l’horreur. Y a que deux personnages dans le film, et c’est un amour entre frère et sœur donc y a même pas de baise. (dommage pour Jean-Fernand Le Hideux). En plus, l’allégorie, bah elle est tellement sombre qu’on voit même pas l’image. Sans compter que la musique, bah y a pas de musique dans ce film naze.


-Il n’y a définitivement que dans une salle obscure que l’on peut apprécier la beauté photographique d’’Un lac’, que l’on peut entendre résonner en soi les bruits de la nature, crissements, craquement, crépitements, rarement entrecoupés de paroles gutturales, à force d’économie.


Traduction : Bah ouais, y a que dans un cinéma qu’on reste jusqu’à la fin, parce que j’ai eu la connerie de me mettre au deuxième rang, et un gros moustachu de deux mètres avec sa gonzesse se bécotaient et m’empêchaient de sortir. Croyez moi, à la télé, ou sur Internet, j’aurais arrêté le visionnage au bout de deux minutes. On se fait tellement chier qu’on entend les fauteuils grincer ou les voisins éternuer.


-Sur ce point, le choix de comédiens étrangers se révèle excellent, pour ce français péniblement exprimé. ‘Un lac brille d’ailleurs par son casting impeccable et évident, au point qu’il soit tout, sauf un film.


Traduction : Le réalisateur est tellement mauvais, que tout le monde le déteste, et que pas un seul français n’a accepté de jouer dans son film de merde. Il a été obligé de chercher des pauvres russes qui comprenaient même pas ce qui se passait. Du coup, bah ils jouent tellement mal que Le Lac, c’est tout ce qu’on veut, une merde, une daube, un navet, mais sûrement pas un film.


-C’est une vision, comme celle du fameux lac que le réalisateur a cherché dans toute l’Europe.


Traduction : Même pour trouver un lac qui accepte d’être figurant dans cette daube, le réalisateur a du parcourir toute l’Europe pour trouver une flaque d’eau en Autriche qui a finalement accepté le rôle.


-Ce qui se joue là est d’une telle intimité primitive, que notre présence semble presque déplacée face à de nombreuses scènes (souvent très longues) qui devraient se passer totalement de témoin.


Traduction : On se demande vraiment ce qu’on est venu foutre dans la salle. Les scènes paraissent interminables, et c’est tellement mauvais que personne ne devrait aller voir une merde pareille.


     Notez bien que l’auteur reste très diplomate jusqu’à la dernière phrase où il perd le contrôle et annonce ce qu’il pense vraiment. Grâce à ce patient travail de traduction, je peux vous donner la critique telle qu’elle était réellement pensée par l’auteur :


Le Lac, c’est pas assez bien pour le cinéma, et à peine au-dessus d’une vidéo amateur. Les films de Philippe Grandrieux c’est vraiment toujours la même chose : de la merde. Comme je sais pas quoi dire de positif du coup, bah je vais dire qu’ils sont entiers (=bah quand on va au cinéma on voit le film en entier), fini (=y a une fin au film) et vivant (=la caméra bouge, et y a des personnages qui s’agite). Un peu comme tous les films si on y réfléchit bien. Je me suis tellement fait chier durant la séance que je me suis vraiment chié dessus, littéralement du coup. D’ailleurs, de la merde, ça définit bien le film, en fin de compte. On s’emmerde parce qu’il y a même pas d’histoire dans ce navet. Du coup, on perd la notion du temps, on croit qu’on est dans la salle depuis cinq heures alors que ça fait cinq minutes. Mais au final, 1h30, c’est « à peine quelques heures » comparés aux vingt ans qu’on a eu l’impression de perdre. C’est l’horreur. Y a que deux personnages dans le film, et c’est un amour entre frère et sœur donc y a même pas de baise. (dommage pour Jean-Fernand Le Hideux). En plus, l’allégorie, bah elle est tellement sombre qu’on voit même pas l’image. Sans compter que la musique, bah y a pas de musique dans ce film de merde. Bah ouais, y a que dans un cinéma qu’on reste jusqu’à la fin, parce que j’ai eu la connerie de me mettre au deuxième rang, et un gros moustachu de deux mètres avec sa gonzesse se bécotaient et m’empêchaient de sortir. Croyez moi, à la télé, ou sur Internet, j’aurais arrêté le visionnage au bout de deux minutes. On se fait tellement chier qu’on entend les fauteuils grincer ou les voisins éternuer. Le réalisateur est tellement mauvais, que tout le monde le déteste, et que pas un seul français n’a accepté de jouer dans son film de merde. Il a été obligé de chercher des pauvres russes qui comprenaient même pas ce qui se passait. Du coup, bah ils jouent tellement mal que Le Lac, c’est tout ce qu’on veut, une merde, une daube, un navet, mais sûrement pas un film. Même pour trouver un lac qui accepte d’être figurant dans cette daube, le réalisateur a du parcourir toute l’Europe pour trouver une flaque d’eau en Autriche qui a finalement accepté le rôle. On se demande vraiment ce qu’on est venu foutre dans la salle. Les scènes paraissent interminables, et c’est tellement mauvais que personne ne devrait aller voir une merde pareille.


Avouez qu’on comprend mieux, pas vrai ? Savoir décrypter la langue de bois, ça vous change la vie. Essayez maintenant avec les discours politiques, ou les résumés des matches de l’équipe de France de rugby lors du tournoi des VI nations.


La langue de bois : soyez aux abois !


Je suis Vincent Ferdieu et j’approuve ce message.


http://pikereplik.unblog.fr/files/2008/12/mediumlanguedebois.gif


*Quand je parle de découvertes, je tiens à préciser qu’il n’y a aucune allusion à des femmes dévêtues, comme a pu le penser Jean-Fernand Le Hideux en lisant cet article pour la première fois.


source: http://www.evene.fr/cinema/films/un-lac-21174.php

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J
Très très bien !Monsieur Ferdieu est vraiment un dieu pour cette France.Mieux qu'une attente : un attendu.Si vous voulez l'aider à produire ses discours, essayez toujours ça : http://www.presidentielle-2007.net/generateur-de-langue-de-bois.phpBonne continuation !
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